Personnalités liées à Biviers

Antoine d'Ars François Marc Abel Servien
Laurent de Franquières Marie-Françoise de Franquières     Jean-Jacques Vidaud
Pierre du Pré de Mayen André Réal Sébastien Dumenon
Félix Penet Mac Carthy Famille Vignet
Alphonse Rallet Joseph Jehl Solange Merceron-Vicat
Famille Jacquemet-Polinière     Aimé Irvoy Georges Morel-Journel
Gustave Morcinek Claude Berri Philippe Blanc
Jean Silvy Serge Kampf

Antoine d'Arces (†1517)
Issu de la famille d'Arces, branche Biviers. Appelé le chevalier blanc, il a combattu aux côtés de Bayard pendant les guerres d'Italie. Fait prisonnier à Agnadel en 1509, il est autorisé sur parole à revenir en France pour rassembler sa rançon ; il reviendra la payer à Venise. Libéré, il s'est mis à voyager en Europe avec deux autres aristocrates. On dit que ce furent les derniers chevaliers errants.
Ses voyages l'amènent par deux fois en Ecosse, la première fois au titre d'ambassadeur de France. Il deviendra ensuite vice-roi d'Ecosse, mais sera assassiné en 1517 par des aristocrates jaloux après la mort de son protecteur, le roi Jacques IV.
Son exemple sera suivi par l'un de ses arrières-cousins, Piraud de Bocsozel, petit-fils de Bayard, parti en Ecosse retrouver la reine Marie Stuart, veuve de François II. Piraud, amoureux d'elle mais trop audacieux, sera puni de la décapitation en 1563. Pour son amour eut cette essoine, aurait pu dire François Villon.
Le petit-fils d'Antoine d'Arces, Jean, fera partie des mignons du roi de France Henri III. Bretteur impénitent, il mourra en duel en 1580.

François Marc (†1520)
Son nom est mentionné à plusieurs reprises dans les archives de Grenoble ; il y est appelé seigneur de Biviers. C'était un enseignant en droit, comptant parmi les jurisconsultes célèbres de Grenoble : Guy Pape (1410-1476), Pierre Bucher (1502-1576), Claude Expilly (1561-1636)... François Marc habitait principalement Grenoble, 22 rue Barnave, dans un hôtel encore visible, dont le fronton est décoré du lion de Venise (monument historique).
Il est présent en 1486 à l'intronisation de Philippe de Bresse – le protecteur de Bayard – qui vient d'être nommé gouverneur du Dauphiné ; il lui a alors exposé les privilèges dont bénéficiait la ville de Grenoble, ce qui a beaucoup surpris le nouveau gouverneur. Peu après – sans doute à la demande de ce dernier – Marc va rédiger le livre de la chaîne, recueil des chartes et privilèges accordés à Grenoble depuis le transport du Dauphiné à la France. Il l'a certifié en 1489. Le livre de la chaîne est ainsi nommé parce qu'il était attaché par une chaîne dans la salle de réunion du conseil de ville, dans la Tour de l'Isle (tour encore visible).
On n'a pas trouvé trace des activités de François Marc dans les archives de Biviers ; ce n'est guère étonnant puisque les plus vieilles archives de la commune datent de l'an 1600 environ.

Abel Servien (1593-1659)
Issu de la famille biviéroise des Servient, elle-même alliée aux Arces et propriétaire du château de Serviantin. A l'époque seigneur de Biviers, Abel était procureur général du parlement de Dauphiné. Envoyé, comme représentant de la province à une assemblée de notables à Rouen, il est remarqué par Richelieu qui l'appelle au gouvernement. Il sera chargé d'importantes fonctions en Guyenne, puis en Piémont, où il négociera les traités de Cherasco. Ensuite disgrâcié, exilé pendant 7 ans à Angers, il s'y marie ; puis il est rappelé à Paris par Mazarin qui le charge de négocier le traité de Westphalie (1648) mettant fin à la Guerre de trente ans.
Sous Louis XIV, il est nommé ministre d'état et surintendant des finances en parallèle avec Fouquet. Devenu très riche, Servien s'est fait construire un château à Meudon, puis a vendu celui de Biviers à Jean de Reynold (1655). Il est mort de coliques néphrétiques à Meudon en 1659. Dans sa jeunesse, il avait perdu un œil au jeu de paume ; aussi est-il toujours représenté de profil par les peintres.
Le traité de Westphalie fut très important pour l'Europe. Il démantelait l'empire romain germanique et affaiblissait durablement les états allemands ; son influence ne cessera qu'à la résurgence de la Prusse, avec la défaite de l'Autriche (Sadowa, 1866), puis celle de la France (1870).

Laurent de Franquières (1744-1790)
Dernier représentant masculin de la riche famille des Franquières de Biviers. Parlementaire par droit de succession, très apprécié de ses collègues – et neveu du président Vidaud de la Tour – il avait été reconduit dans ses fonctions après la réforme Maupeou (1771), mais il participait peu aux séances de la nouvelle assemblée. Il avait préféré voyager dans les provinces françaises puis en Europe. Il a ainsi fait le tour de l'Italie pendant un an (1782), le terminant par un savoureux tour du Mont-Blanc. Un manuscrit de son co-équipier et ami Herculais relate ce voyage et la façon de voyager des aristocrates du 18e siècle, tout en décrivant des villes ou des sites en partie disparus (comme le monastère du Mt-Cassin) ; le récit du tour estival du Mont-Blanc, très voisin du circuit actuel, mais en ambiance bien plus froide, se trouve être un précieux témoignage sur l'évolution du climat.
Les bonnes relations de Laurent avec Voltaire – son père avait été condisciple de François-Marie Arouet au collège Louis-le-Grand à Paris – ne l'ont pas empêché d'avoir une correspondance avec Rousseau (il nous en resté la célèbre Lettre à M. de Franquières). Réputé philosophe et amateur des sciences et du bonheur des hommes, il a été élu maire de Grenoble lors de la première élection révolutionnaire. Se sachant malade, il a rapidement démissionné ; il est mort six semaines plus tard, à 46 ans.

Marie-Françoise de Franquières (†1807)
Sœur de Laurent, elle a entretenu une correspondance suivie avec ses cousines, avec ses amies de couvent ainsi qu'avec son frère quand il était en voyage. Elle voulait rivaliser avec Mme de Sévigné. Après la mort de Laurent, respectée par les révolutionnaires, elle n'avait pas choisi l'exil, mais héritière d'une grande fortune, il lui a fallu payer de lourdes taxes pour l'entretien de la guerre.
Elle avait commandé au sculpteur Houdon un buste de son frère, qu'elle a offert ensuite à la ville ; il est actuellement présenté au musée de Grenoble – l'ébauche en plâtre de ce marbre a été récemment retrouvée dans un château en Champagne –. Les deux sculptures portent la mention Laurent Aymon de Franquières, amateur des sciences et du bonheur des hommes.
Après la tourmente, Françoise vivra à Grenoble, 2 rue de Belgrade, dans l'hôtel de Franquières, ancien hôtel de la Connétable acheté à la famille Lesdiguières-Créqui par ses aïeux en 1676. Elle se dévouera alors à la protection et à l'éducation de jeunes filles méritantes. Ni elle, ni son frère n'ont été mariés. L'imposant héritage ira, après sa mort, à la fille de sa demi-sœur Marie-Anne, épouse Bressac.

Jean-Jacques Vidaud de la Tour d'Anthon (1737-1794)
Seigneur de Biviers, habitant Montbives, conservateur inébranlable, hostile à l'esprit des Lumières, mais parlementaire influent, il deviendra l'un des dirigeants du parlement de Dauphiné : procureur général à 30 ans, puis premier président à 34 ans. Grand serviteur de la monarchie, il mène à bien la réforme Maupeou, puis est appelé à Paris au Conseil d'Etat. Il démissionne de toutes ses fonctions en 1788 après désaccord avec le ministre Loménie de Brienne, mais il se ne se rangera pas du côté des révolutionnaires. Réfugié en Provence dans le domaine de son épouse, il sera arrêté, jugé et guillotiné en 1794 en Avignon, pour menées hostiles envers la nation.
Rappelons qu'à Grenoble, aucun opposant au régime n'a été guillotiné sous la Révolution, sauf deux prêtres réfractaires (qui demandaient bien haut leur exécution !).

Pierre du Pré de Mayen (~1738-1816)
Fils d'une famille du hameau des Jacinthes (Biviers), il deviendra avocat à Grenoble et sera anobli. Elu consul 7 années de suite (cas unique à Grenoble) et premier consul de la ville, il était très apprécié des habitants. Il a joué un rôle de premier plan lors de la Journée des tuiles (7 juin 1788), parvenant à ramener le calme par une promesse de réformes ; il lance la réunion des états de la province à Vizille, ce qui entraînera la réunion des Etats généraux de 1789. Le roi Louis XVI lui en tiendra rigueur en le faisant arrêter par lettre de cachet fin juin 1788.
Libéré en septembre, il sera accueilli en triomphe par les Grenoblois. Néanmoins, il s'abstiendra dès lors de toute activité politique à Grenoble (peut-être à la suite d'une promesse faite au roi pour obtenir sa levée d'écrou). Il revient habiter Biviers, château du Bontoux, est nommé adjoint (de Dumenon) en 1795, puis maire de 1800 à fin 1815. Il meurt en janvier 1816. Il avait épousé en 1803 (à 65 ans) Alix de Sinard (25 ans), qui sera propriétaire du château jusqu'à sa mort vers 1852.

André Réal (1755-1832)
Sa mère était fille de la famille Faure, imprimeurs du roi, possédant le mas de l'Orme aux Barraux de Biviers. Les Faure faisaient partie de la société intellectuelle de Grenoble et avaient beaucoup contribué à la sauvegarde de la bibliothèque de l'évêque Caulet en 1772, action à l'origine de la bibliothèque municipale de Grenoble et de l'Académie delphinale. JJ. Rousseau ayant passé en 1768 une journée au château de Beauregard (Seyssinet-Pariset), alors propriété d'un de ses oncles, André Réal, 13 ans, avait conversé avec lui et en gardait un souvenir ému.
A sa retraite, Catherine Faure-Réal habite aux Barraux à Biviers. Son fils André est cité alors, dans nos archives, comme juge de Biviers. A la Révolution, il est élu colonel des gardes nationales du Grésivaudan, puis député de la Convention et membre du conseil des Cinq-Cents sous le Directoire. En 1795, il sera envoyé en mission près l'armée des Alpes, puis nommé administrateur du département de l'Isère (préfet avant l'heure). A ce titre, il recevra – très dignement – le pape Pie VI, mourant, prisonnier du Directoire et exilé en France.
Hostile au coup d'état de Bonaparte, Réal perd ses hautes fonctions en 1802 et se retrouve juge de paix à St-Marcelin. Il deviendra tout de même président de la cour d'appel de l'Isère. Sous la Restauration, considéré – à tort – comme régicide, il sera totalement destitué et frôlera le bannissement.

Sébastien Dumenon (†1828).
Le nom d'un Menon apparaît déjà, selon Perrin-Dulac, pendant les guerres de Religion, comme celui de l'organisateur de la défense catholique à Grenoble contre les attaques protestantes. Cette famille descend des Arces par une femme et habite la maison noble de Farquière à Plate-Rousset. Elle possède également un douaire aux Plantées, juste au-dessus de l'église, et beaucoup de terrains, mais pas très riches, car situés majoritairement en montagne. Les Menon semblent proches du peuple ; en particulier, ils assistent aux assemblées et dirigent souvent la Confrérie du St-Esprit de Biviers.
A la Révolution, une première élection nomme un laboureur comme maire. Mais il sera remplacé, aux élections suivantes, par Sébastien du Menon, sans doute plus compétent bien qu'aristocrate (1792). Il devient même maire de la [super-]commune de Meylan, après la fusion de 6 communes, dont Biviers, autour de ce pôle. Mais Dumenon, qui a eu la sagesse de démocratiser son nom, commet des imprudences en achetant aux enchères des ornements de l'église de Biviers, puis en hébergeant un prêtre réfractaire. Il est destitué en 1797 et inscrit sur la liste des suspects.
Il redeviendra maire en 1815 jusqu'à sa mort en 1828. Grâce à l'évaluation de ses biens, on apprend qu'il avait créé une magnanerie dont on retrouve encore les traces aujourd'hui. N'ayant eu que des filles, il est le dernier du nom. L'un de ses gendres, Guillaume Parigny, deviendra lui aussi maire et c'est lui qui achètera la maison Berlioz-Leclet, qui deviendra mairie de Biviers et école publique jusqu'en 1970-75.

Félix Penet (1872-1850)
Il n'est pas certain que Félix Penet ait beaucoup habité Biviers, mais il y possédait le domaine noble des Essarts (le St-Hugues actuel). C'était probablement un héritage de sa femme Sabine Hache, fille du célèbre ébéniste. Félix a été élève de l'Ecole centrale de Grenoble avec Stendhal qui, dans son autobiographie, le classe parmi les minus habens. Plus tard, Penet sera un ami fidèle de JF Champollion, jusqu'à son exil à Paris. On peut donc penser qu'il était, dans sa jeunesse, d'opinion très libérale.
Plus tard, on va le trouver à la tête de sociétés commerciales ou industrielles, comme les forges de Pinsot. Ensuite, devenu notable, il sera temporairement maire de Grenoble et enfin député de l'Isère, tendance orléaniste, pendant 6 ans. On dit qu'il est mort très riche et on sait qu'il avait épongé en totalité le déficit de la petite société des frères Froussard, pédagogues libéraux ruinés par l'ordre de fermeture prématurée de leur établissement scolaire dans l'ancien couvent de Montfleury. Sur sa tombe, à St-Roch, il est gravé : ce fut un homme de bien.

Mac Carthy
Deux Mac-carthy ont habité Biviers. Ils descendent d'une famille écossaise catholique chassée par les Anglais vers 1760 et réfugiée en France. Robert (1770-1827) sera page de Louis XVI, s'exilera sous la Révolution et combattra contre la France dans l'armée des Princes (avec le titre de maréchal de camp). Il rencontre à Naples une autre exilée, l'héritière des Franquières, Anne-Marie, petite nièce de Laurent, et l'épouse en 1809 ; mais Anne-Marie meurt 2 ans plus tard en donnant naissance à Justin.
Revenu en France en 1814, Robert lève, avec l'aide de Polignac, une troupe contre Napoléon à son retour de l'île d'Elbe, mais il est battu par Bugeaud et interné au fort Barraux. Libéré par la Restauration, il fera partie de tribunaux réactionnaires et s'y montrera très dur. A Biviers, on suppose que c'est à lui qu'on doit le remplacement des armes des Franquières par celles des Mac-Carthy ; leur devise, Fortis, ferox et celer, certainement remarquée par Henri Didon à l'entrée du château, est très probablement à l'origine de celle des Jeux olympiques.
Son fils Justin, né en 1811, recueille la fortune des Franquières et celle des Bressac, ses autres aïeux. En 1835, il fait bâtir les deux ailes qui complètent harmonieusement le château ; en 1840, il achète les quatre grands tableaux à la Pater relatés par ailleurs, la fameuse cheminée de Bucher, ainsi que, jouxtant son château, le domaine Leclet (sauf le bâtiment qui deviendra mairie de Biviers). Probablement à cause de dépenses inconsidérées, il a des difficultés financières vers 1845. Il est en procès avec certains de ses fermiers, puis avec la commune de Biviers, pour avoir fermé au public le chemin de Bic (des Tières actuel), chemin qui permettait un accès à l'eau pour la population du bourg. Les archives ne donnent pas la conclusion de cette série de procès, mais on suppose que la révolution de 1848 va y mettre fin. Le vaste domaine du Châtelet à Grenoble, propriété des Franquières, sera saisi en 1849 et le superbe mobilier du château de Biviers vendu aux enchères en 1851 (dont des commodes Hache).
On ne sait pas ce qu'est devenu Justin Mac-Carthy.

Famille Vignet
Louis de Vignet, de Chambéry, était condisciple et ami de Lamartine et de Virieu au collège de Belley. Une sœur de Lamartine épousera un frère Vignet ; ces amitiés et alliances expliquent les séjours fréquents de Lamartine à Chambéry, sa rencontre avec une curiste, Mme Charles, et le poème le Lac. Les relations entre les 3 amis s'étaient plus tard un peu refroidies par suite de l'évolution de leurs convictions politiques. Lamartine deviendra républicain et Louis ambassadeur du royaume de Piémont-Sardaigne à Naples. Il y mourra du choléra en 1837.
Sa veuve, principale créancière de Mac-Carthy, achète le château de Franquières en 1852. L'origine de sa fortune ? Sans doute un fort dédommagement pour la mort en poste de son mari ainsi que sa créance envers Justin, dont on suppose qu'elle a pour origine des dettes de jeu.
La baronne de Vignet a laissé bien des traces dans nos archives. On est sous le second empire ; elle tient tête au maire Massu à l'occasion des mariages successifs de ses deux filles qui se dérouleront au château et, pour l'une du moins, sans passage par la mairie. Le fils, Albert, sera étudiant à Grenoble en même temps qu'Henri Didon et sans doute dans la même institution, ce qui laisse croire à des visites de Didon au château et à l'origine biviéroise de la devise des JO. Après le décès de sa mère, c'est Albert – profession déclarée rentier – qui possédera Franquières jusqu'en 1879.

Alphonse Rallet (1819-1894)
Ingénieur chimiste né en Lorraine, Alphonse Rallet va fonder en 1843 à Moscou une fabrique de savons et de parfums qui deviendra la plus importante de Russie. Au cours de vacances en Isère, il fait connaissance avec l'avocat Frédéric Farconnet, maire de Grenoble en 1848, et dont il épousera la fille en 1854.
Il revient en France en 1856 et achète le château de Serviantin après la naissance de son unique enfant, sa fille Olga (très belle peinture d'Hébert) qui, elle, épousera le papetier Blanchet. Alphonse Rallet deviendra maire de Biviers de 1865 à 1888 et conseiller général de Grenoble. Il est salué dans nos archives comme très généreux envers la commune. Il était fragile des poumons depuis longtemps et aveugle à la fin de ses jours. Il décède à Biviers. Ses descendants sont toujours propriétaires du château.
Son frère Eugène, qui l'avait suivi à Moscou, a épousé la seconde fille de Farconnet. Mort à Biviers en 1865, il est inhumé dans notre cimetière tandis qu'Alphonse l'est à St-Roch.
L'activité de la maison Rallet s'est poursuivie à Moscou. Associée à la fin du siècle à Chiris, la société Rallet émigre en 1917 à Grasse en France, puis sera rachetée par Coty en 1926. C'est l'un des directeurs de la maison Rallet, Ernest Beaux, qui a créé, parmi d'autres, le parfum Chanel n°5 en 1920.

Joseph Jehl (1879-1952)
Son père, Fortuné Jehl, avait quitté en 1870 son Alsace natale, comme tant d'autres, pour ne pas devenir allemand. Il se fixe en Bourgogne. Joseph, effectuant son service militaire à Grenoble, y rencontre Marie-Louise Sisteron, fille du maire de Biviers. La musique les a rapprochés ; elle est pianiste et lui violoniste. Ils se marient en 1902.
Joseph entre aux Ciments Vicat après la guerre de 14, en gravit rapidement les échelons et, appuyé par ses employeurs, fonde une société de négoce en matériaux de construction, la Samse, qui prendra beaucoup d'ampleur. Il succédera à son beau-père à la mairie de Biviers de 1919 à 1929. Il est inhumé à La Tronche dans une tombe de style gothique, rappelant ses origines alsaciennes.

Solange Merceron-Vicat (1885-1965)
Arrière-petite-fille de Louis Vicat, le théoricien du ciment, elle lutte, dès sa jeunesse, pour améliorer la condition ouvrière et spécialement celle des femmes. Avec Cécile Poncet, de Voiron, elle fonde les syndicats libres féminins (catholiques), puis différentes œuvres comme une école d'infirmières à Grenoble (place des Tilleuls) . En 1920, elle achète l'ancien couvent des Dominicaines à Biviers et en fait le Repos de l'ouvrière, doté d'une cinquantaine de lits. Elle y consacre la part d'héritage laissée par son grand-père, Joseph, le fondateur des Ciments Vicat. Elle habitera sur les lieux-même.
Pendant la guerre de 40-45, elle se consacre au sauvetage de réfugiés et spécialement d'enfants juifs. Sa maison, amenée à soigner beaucoup de femmes fragiles et prétuberculeuses, obtient le statut de préventorium en 1945. Elle décède à Biviers en 1965 et est inhumée dans notre cimetière. Son frère Henri, maire de Biviers sous l'Occupation, avait pris, à sa suite, la direction du prévent. Produits à grande échelle pendant la dernière guerre, les antibiotiques parviennent à juguler la tuberculose ; en 1961, la maison doit fermer ses portes, faute de malades. Elle est rachetée par une communauté jésuite de St-Egrève.

Famille Jacquemet-Polinière
Un homme de loi, François Jacquemet, achète Montbives en 1811 à Gabriel Vidaud, dernier représentant de la famille. Sa petite-fille, Mathilde Jacquemet, épousera en 1853 Léon de Polinière, baron normand, survivra à son mari et à ses deux enfants, si bien que c'est elle qui dirigera la maison – et énergiquement semble t-il – pendant de nombreuses années ; la baronne de Polinière est souvent citée dans nos archives, par exemple quand la municipalité a voulu créer l'actuel chemin des Chevalières, établi sur son domaine.
Elle avait trois petites-filles, dont deux se marieront avant sa mort avec des officiers ; l'un d'eux, le capitaine Dubarle sera tué au combat en 1915. Les 3 filles possédaient le château de Montbives en indivis et des difficultés financières, aggravées par la guerre, sont vite apparues. La famille Polinière, ou plutôt ses descendants, les Dubarle, Marliave et Colas-des-Francs, ont dû vendre en 1929, au grand regret de leurs enfants, fiers d'être nés à Montbives.

Aimé Irvoy (1824-1898)
C'est un sculpteur, né à Vendôme, travaillant à Paris jusqu'en 1856. A la mort de Victor Sappey, Louis Crozet, maire de Grenoble, recrute Irvoy pour reconstruire et diriger l'école d'architecture et de sculpture de Grenoble. Il l'implantera rue Hébert. L'école ayant été par la suite transférée rue Lesdiguières, le bâtiment qu'Irvoy avait fait construire a eu différentes affectations ; il abrite maintenant le musée de la Résistance. On doit à Aimé Irvoy surtout des sculptures funéraires, mais aussi, entre autres, les bustes de la façade de la préfecture, l'Aigle du Dauphiné libéré, le fronton de l'ancien hôpital de La Tronche, la façade de l'ancienne chambre de commerce, ...
Il avait épousé en 1861 Louise Charrut, petite-fille des Derbetant de Biviers. A sa retraite, il résidera aux Barraux, sera conseiller municipal de Biviers et continuera à sculpter pour son plaisir. On lui doit par exemple les deux lions qui surmontent le portail de la justement nommée Maison des lions, 2030 route de Meylan. Il est enterré à St-Roch avec la famille de sa femme.

Georges Morel-Journel (1883-1972)
Georges Morel-Journel, l'un des derniers soyeux de Lyon, achète Montbives en 1929. Très cultivé, il s'intéressera à l'histoire du château et à celle de Biviers. On lui doit une communication sur ces sujets à l'Académie delphinale en 1955. Ses idées sur l'histoire de Biviers et celle du château sont très proches de celles exposées sur ce site. Il a eu 5 filles, nées à Lyon, Suzanne, France, Hélène, Cécile et Anne. Leurs descendants sont toujours propriétaires indivis du domaine.

Gustaw Morcinek (1891-1963).
C'est l'un des plus grands écrivains de Silésie. Mineur de charbon dès l'âge de 16 ans, il réussit à faire des études. Arrêté par la gestapo comme intellectuel le 6 septembre 1939, il est interné dans différents camps allemands dont celui de Dachau. Libéré en 1945, il trouve refuge à Biviers pendant quelques mois – sans doute à Ker Janine – et y écrit un livre (Listy spod morwy, 1945, Lettre sous les mûriers), mais préfère rentrer en Pologne, malgré l'occupation soviétique. Il deviendra un homme politique militant pour la cause polonaise. Un imposant monument a été érigé à sa mémoire à Skoczow.
En 1945, Morcinek a été marqué par le déficit d'enfants à Biviers ; d'où ses lignes : La campagne française sans enfants déprime par son silence terrifiant. On n'entend ni rire, ni brouhaha, ni trépignement. C'est un endroit par lequel est passé auparavant un cortège macabre. Le démon dont le nom est Martis a détruit la semence sous Verdun. Avant même que Biviers eut le temps de se reconstruire, Martis est revenu chercher le butin suivant. Maintenant, ici se trouvent surtout des vieillards et des femmes qui attendent leurs derniers jours.
Que va devenir ce village au pied de Belledonne
?

Pourquoi ce déporté a-t-il choisi Biviers pour se refaire une santé ? Le village avait certes une bonne réputation pour la qualité de son air, mais aussi pour l'accueil qu'il réservait à de nombreux Polonais pourchassés par les Allemands. On a perdu presque totalement la mémoire de ces réfugiés. On sait que plusieurs notables polonais (un diplomate, un prêtre, des officiers ...) ont habité Ker Janine dès 1939, et même l'enfant d'un couple (Jurek Boroch1, 1942-2017, inhumé à Biviers avec ses parents). Toute la région grenobloise avait accueilli des réfugiés polonais, avec sans doute la bienveillance du préfet de l'époque, Raoul Didkowsky, dont un grand-père était polonais. Tous ces hommes intégreront en 1940 l'armée Sikorski (80 300 soldats dont 45 000 vont mourir au front ou dans les camps).
On a gardé le souvenir du lycée polonais de Villard-de-Lans, dont 25 membres ont été tués dans les combats du Vercors (bien qu'ils se soient déroulés pendant les vacances d'été). On sait aussi qu'un Biviérois, Philippe Blanc a enseigné dans ce lycée.

Pour conclure, nous pouvons affirmer que la France reste toujours un pays vers lequel se tourne l’immigrant polonais lorsqu’il quitte son pays ... Grenoble et sa région ne sont pas sa destination première, mais si ses chemins l’y conduisent, enchanté par le paysage et la dimension humaine de la ville, souvent il y restera (Ewa Bogalska-Martin, Ecarts d'identité, n°95-96, Grenoble, printemps 2001).

Claude Berri (Claude Langmann, 1937-2009)
D'une ethnie persécutée par les Allemands pendant la guerre de 1939-45, il été caché à cette époque par ses parents au sein d'une famille de Biviers, en haut du chemin des Arriots. Il deviendra par la suite un producteur de cinéma mondialement connu, mais n'oubliera pas ses jeunes années. Le film le Vieil homme et l'enfant, relatant son enfance clandestine, a été tourné en majeure partie à Biviers, chemin de la Buisse, en 1967. L'équipe technique logeait alors au Belvédère, pension de famille, chemin des Chevalières. Plusieurs Biviérois y ont joué des rôles de figurants et Jacques Chabert, capitaine des pompiers, a reconstitué, avec sa lance d'incendie, l'atmosphère des jours de pluie.

Philippe Blanc (1919-1998)
Personnage très discret, il avait été, pendant la guerre, professeur de français au lycée polonais semi-clandestin de Villard-de-Lans. En juillet 1944, il échappe par miracle au massacre du Vercors, mais va courageusement enterrer les maquisards tués. Après la guerre, il devient professeur et éducateur à l'école des Roches en Normandie, école privée nettement élitiste prônant une éducation alternative assez proche du scoutisme (cette école existe toujours, mais elle est maintenant en contrat avec l'Etat). Philippe était titulaire de la Croix d'Or du Mérite polonais et de la Croix de guerre (française). On peut lire, sur Internet, l'hommage que lui a rendu un autre Biviérois, Jean-Noël Varenne.

Jean Silvy (1910-1971)
Sa famille, des notables grenoblois, avaient acheté en 1912 la Maison de la Côte de Biviers à Mme Lavaudan, fille du gantier Gras (maison abusivement appelée prieuré). Jean Silvy, licencié en droit, a été affecté en août 1939 au 6e BCA (chasseurs alpins). Il fera partie du détachement envoyé combattre les Allemands à Narvik (Norvège) en avril 1940 pour leur couper la route du fer de Kiruna. Après cette expédition, Jean Silvy s'engage dans la France libre à Londres, puis dans la Force Leclerc, et combat au Congo, au Tchad, au Fezzan, en Tunisie, puis en Normandie au sein de la 2e DB.
Gravement blessé dans un combat de chars en forêt d'Ecouves, près d'Alençon, il perd une jambe. Démobilisé, il occupera par la suite des emplois dans l'administration d'Outre-mer. Il a reçu de nombreuses distinctions, dont celle de commandeur de la Légion d'honneur, et avait été admis dans l'ordre très restreint des Compagnons de la libération.

Serge Kampf (1934-2016).
D'origine suisse, d'abord employé aux PTT, puis chez Bull, Serge Kampf a fondé à Grenoble en 1967 une SSI (société de services en informatique) dont le siège est actuellement à Paris, mais avec un important établissement à Montbonnot. Sa société, après de nombreuses acquisitions, prendra le nom de Cap-Gemini-Sogeti puis CapGemini et sera la première d'Europe avec près de 200 000 employés dans 40 pays (en 2016).
Serge Kampf habitait très discrètement Biviers. Ses largesses envers les joueurs de ballon ovale ont défrayé la chronique ; ses autres générosités sont moins connues, comme son appui à la recherche médicale (les neuro-sciences) ainsi que son aide constante aux œuvres socio-culturelles de sa commune. En remerciement, son nom a été donné à un amphi du CHU et au stade municipal de Biviers.
 


1. Jurek Boroch est le traducteur des lignes citées plus haut. On trouvera ici une page consacrée à sa mémoire.
Accueil Histoire Continuer